actualité - évocation - transmission - diffusion - transdisciplinarité


Actualité - évocations - transmission - diffusion
- transdisciplinarité

Traverses transdisciplinaires

Blog du site www.caravancafe-des-arts.com. Caravancafé est soutenu en particulier par Basarab Nicolescu, Physicien Théoricien, Président du Centre International de Recherches et Etudes Transdisciplinaires . Le Projet "circulations" est parrainé par Sayed Raza, peintre indien - Ce projet transculturel : art actuel - science - est emblématique du site - De nombreux acteurs culturels, artistes et chercheurs soutiennent aussi ce projet.
Pour rester informés s'inscrire à la newsletter du site.
Caravancafé souhaite participer à la création/diffusion de travaux, s'inscrivant sous leurs formes particulières, dans une dynamique faisant lien/dialogue entre les disciplines et les cultures. Bonne traversée ...
Le site caravan
La démarche transdisciplinaire
Appel à contributions CIRCULATIONS : artistes, écrivains chercheurs
Le Centre International de Recherches et Etudes Transdisciplinaires
infos glanées sur le fil de la toile - journal scoop it


samedi 9 avril 2011

BASARAB NICOLESCU Aspects gödeliens de la Nature et de la connaissance

Une traversée hors repères habituels, vers d'autres espaces du sens ...



BASARAB NICOLESCU

Aspects gödeliens de la Nature et de la connaissance


1. Physique quantique et niveaux de Réalité

L'impact majeur culturel de la révolution quantique est certainement la remise en cause du dogme philosophique contemporain de l'existence d'un seul niveau de Réalité.

Donnons au mot "réalité" son sens à la fois pragmatique et ontologique.

J'entends par Réalité, tout d'abord, ce qui résiste à nos expériences, représentations, descriptions, images ou formalisations mathématiques. La physique quantique nous a fait découvrir que l'abstraction n'est pas un simple intermédiaire entre nous et la Nature, un outil pour décrire la réalité, mais une des parties constitutives de la Nature. Dans la physique quantique, le formalisme mathématique est inséparable de l'expérience. Il résiste, à sa manière, à la fois par son souci d'autoconsistance interne et son besoin d'intégrer les données expérimentales sans détruire cette autoconsistance. Ailleurs aussi, dans la réalité dite "virtuelle" ou dans les images de synthèse, ce sont les équations mathématiques qui résistent : la même équation mathématique donne naissance à une infinité d'images. Les images sont en germe dans les équations ou dans les séries de nombres. L'abstraction fait donc partie intégrante de la Réalité.

Il faut donner une dimension ontologique à la notion de Réalité, dans la mesure où la Nature participe de l'être du monde. La Nature est une immense et inépuisable source d'inconnu qui justifie l'existence même de la science. La Réalité n'est pas seulement une construction sociale, le consensus d'une collectivité, un accord intersubjectif. Elle a aussi une dimension trans-subjective , dans la mesure ou un simple fait expérimental peut ruiner la plus belle théorie scientifique. Hélas, dans le monde des êtres humains une théorie sociologique, économique ou politique continue d'exister malgré de multiples faits qui la contredisent.

Il faut entendre par niveau de Réalité [1] un ensemble de systèmes invariant à l'action d'un nombre de lois générales : par exemple, les entités quantiques soumises aux lois quantiques, lesquelles sont en rupture radicale avec les lois du monde macrophysique. C'est dire que deux niveaux de Réalité sont différents si, en passant de l'un à l'autre, il y a rupture des lois et rupture des concepts fondamentaux (comme, par exemple, la causalité). Personne n'a réussi à trouver un formalisme mathématique qui permet le passage rigoureux d'un monde à l'autre. Les glissements sémantiques, les définitions tautologiques ou les approximations ne peuvent remplacer un formalisme mathématique rigoureux. Il y a même de fortes indications mathématiques pour que le passage du monde quantique au monde macrophysique soit à jamais impossible. Mais il n'y a en cela rien de catastrophique. La discontinuité qui s'est manifestée dans le monde quantique se manifeste aussi dans la structure des niveaux de Réalité. Cela n'empêche pas les deux mondes de coexister. La preuve : notre propre existence. Nos corps ont à la fois une structure macrophysique et une structure quantique.

Les niveaux de Réalité sont radicalement différents des niveaux d'organisation, tels qu'ils ont été définis dans les approches systémiques [2]. Les niveaux d'organisation ne présupposent pas une rupture des concepts fondamentaux : plusieurs niveaux d'organisation appartiennent à un seul et même niveau de Réalité. Les niveaux d'organisation correspondent à des structurations différentes des mêmes lois fondamentales. Par exemple, l'économie marxiste et la physique classique appartiennent à un seul et même niveau de Réalité.

L'émergence d'au moins deux niveaux de Réalité différents dans l'étude des systèmes naturels est un événement capital dans l'histoire de la connaissance. Elle peut nous conduire à repenser notre vie individuelle et sociale, à donner une nouvelle lecture aux connaissances anciennes, à explorer autrement la connaissance de nous-mêmes, ici et maintenant.

L'existence des niveaux de Réalité différents a été affirmée par différentes traditions et civilisations, mais cette affirmation était fondée soit sur des dogmes religieux soit sur l'exploration de l'univers intérieur.

Dans notre siècle, Husserl [3] et quelques autres chercheurs, dans un effort d'interrogation des fondements de la science, ont découvert l'existence des différents niveaux de perception de la Réalité par le sujet-observateur. Mais ils ont été marginalisés par les philosophes académiques et incompris par les physiciens, enfermés dans leur propre spécialité. En fait, ils étaient des pionniers de l'exploration d'une réalité multidimensionnelle et multiréférentielle, où l'être humain peut retrouver sa place et sa verticalité.

2. La logique du tiers inclus

Le développement de la physique quantique ainsi que la coexistence entre le monde quantique et le monde macrophysique ont conduit, sur le plan de la théorie et de l'expérience scientifique, au surgissement de couples de contradictoires mutuellement exclusifs (A et non-A) : onde et corpuscule, continuité et discontinuité, séparabilité et non-séparabilité, causalité locale et causalité globale, symétrie et brisure de symétrie, réversibilité et irréversibilité du temps, etc.

Par exemple, les équations de la physique quantique se soumettent à un groupe de symétries mais leurs solutions brisent ces symétries. Aussi, un groupe de symétrie est supposé décrire l'unification de toutes les interactions physiques connues mais cette symétrie doit être brisée pour pouvoir décrire la différence entre les interactions forte, faible, électromagnétique et gravitationnelle.

Le scandale intellectuel provoqué par la mécanique quantique consiste dans le fait que les couples de contradictoires qu'elle a mis en évidence sont effectivement mutuellement contradictoires quand ils sont analysés à travers la grille de lecture de la logique classique. Cette logique est fondée sur trois axiomes :

1. L'axiome d'identité : A est A.

2. L'axiome de non-contradiction : A n'est pas non-A.

3. L'axiome du tiers exclu : il n'existe pas un troisième terme T (T de "tiers inclus") qui est à la fois A et non-A.

Dans l'hypothèse de l'existence d'un seul niveau de Réalité, le deuxième et le troisième axiomes sont évidemment équivalents. Le dogme d'un seul niveau de Réalité, arbitraire comme tout dogme, est tellement implanté dans nos consciences que même des logiciens de métier oublient de dire que ces deux axiomes sont en fait distincts, indépendants l'un de l'autre.

(....)


La suite sur

http://basarab.nicolescu.perso.sfr.fr/ciret/bulletin/b12/b12c3fr.htm











caravancafé - le site

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire